Mémoire à Cinqfontaines
Luxembourg, 27 janvier 2026 – À l’occasion de la Journée internationale de commémoration de l’Holocauste, marquant le 81ᵉ anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz-Birkenau, des élèves luxembourgeois ont participé à une journée de mémoire et de réflexion sur le site historique de Cinqfontaines. Cette initiative visait à transmettre l’histoire de la Shoah, à sensibiliser les jeunes générations aux dangers de l’antisémitisme et à rappeler l’importance du devoir de mémoire.
Un lieu chargé d’histoire et de souffrance
Ancien monastère jésuite, Cinqfontaines fut transformé en 1941 par les autorités nazies en un prétendu « foyer de retraite juif ». En réalité, le site servit de lieu de rassemblement avant la déportation. Environ 300 personnes juives y furent regroupées avant d’être envoyées vers des ghettos et des camps de concentration. Dix-neuf personnes y périrent, quelques-unes réussirent à s’échapper, et seules 26 femmes et hommes survécurent à la déportation.
C’est dans ce lieu symbolique que des élèves du Lycée Atert ont rencontré des descendants de survivants de la Shoah, appartenant aux deuxième et troisième générations, afin d’échanger autour de la mémoire, de la transmission et de la responsabilité collective.
Apprendre autrement que dans les manuels
Les activités pédagogiques ont été organisées par le Centre pour l’éducation politique, en collaboration avec le Service national de la jeunesse. Les organisateurs soulignent l’importance de ces démarches, en particulier dans un contexte où certaines filières de l’enseignement secondaire ne bénéficient plus systématiquement de cours d’histoire approfondis.
Sortir du cadre scolaire traditionnel permet non seulement de mieux comprendre le passé, mais aussi de faire le lien avec les réalités contemporaines. Comprendre la Shoah, c’est également apprendre à reconnaître et à combattre aujourd’hui les mécanismes de l’exclusion, de la haine et de la discrimination.
La transmission comme avertissement
Parmi les intervenants figurait Rob Ruijs, dont le grand-père est mort à Auschwitz. Face aux élèves, il a expliqué pourquoi il lui semble essentiel de partager ces récits familiaux, alors que l’antisémitisme et les discours de haine connaissent une recrudescence dans plusieurs régions du monde.
Selon lui, l’histoire de sa famille montre jusqu’où peuvent mener l’intolérance et la déshumanisation. La promesse du « plus jamais ça », a-t-il rappelé, demeure fragile si elle n’est pas accompagnée d’une vigilance et d’un engagement constants.
Un devoir de mémoire tourné vers l’avenir
Lors des commémorations officielles au Mémorial aux victimes de la Shoah à Luxembourg-ville, le Premier ministre Luc Frieden a souligné que le devoir de mémoire n’a de sens que s’il conduit à un engagement concret. Il a rappelé que la défense des droits humains, de l’État de droit et de la démocratie reste une nécessité absolue, au Luxembourg comme à l’international.
Les élèves ont également rendu hommage aux victimes devant le mémorial conçu par l’artiste luxembourgeois Lucien Wercolier, lui-même déporté durant la Seconde Guerre mondiale.
Transmettre de génération en génération
Parmi les survivants liés à l’histoire de Cinqfontaines figure Betty Hirschmann, née en 1940. Enfant, elle fut internée sur le site avec sa grand-mère après l’occupation du Luxembourg. Aujourd’hui encore, elle continue de témoigner afin que ce qui s’est produit ne tombe jamais dans l’oubli.
Dans le prolongement de cette journée, les élèves poursuivront leur parcours de mémoire par la visite d’un ancien camp de concentration. Une étape essentielle pour assurer la transmission de l’histoire de la Shoah aux générations futures et pour faire de la mémoire un rempart contre la haine et l’exclusion.
Sources :
– RTL Today
– L’essentiel
