Histoire de la Communauté juive de Luxembourg

QUELQUES MOTS SUR L’HISTOIRE DE LA COMMUNAUTE JUIVE DE LUXEMBOURG DE L’ANTIQUITÉ AU LENDEMAIN DE LA SECONDE GUERRE MONDIALE

(Texte de Claude Marx)

Bien avant la destruction du premier Temple de Jérusalem, des communautés juives avaient commencé à migrer dans le bassin méditerranéen. Après la destruction du second Temple, au début de ce qu’il est convenu d’appeler l’ère vulgaire, c’est une grande partie du peuple juif qui se trouve dispersée, emportant sa croyance, ses traditions et sa nostalgie.

Nombre de ces migrants vont, à la suite des armées romaines, se répandre dans les vallées rhénanes et mosellanes et créer d’importants centres de rayonnement religieux et culturels. Alternativement protégés puis chassés au gré du bon vouloir des princes ou des nécessités du moment, en butte à l’hostilité des populations fréquemment exaltées par le bas clergé, ils vont tenter de se sédentariser dans les états qui, provisoirement, et pour des raisons généralement économiques voudront bien les accueillir.

A Luxembourg, c’est dans un acte du 5 juin 1276 qu’est pour la première fois fait officiellement mention de la présence d’un certain Henri de Luxembourg, juif.

Ultérieurement, protégés par Charles VI, des juifs auraient – selon des documents datés de 1349 – habité la vallée de la Petrusse ou se trouvait également leur cimetière. Plus tard, la Rue des Juifs se constitua dans le faubourg avoisinant la Porte des Juifs mentionnée en 1367, et qui tenait son nom de l’agglomération juive qui formait son voisinage ( la Porte des Juifs sera remplacée en 1627 par la Porte Neuve).

Accusés d’avoir empoisonné les puits lors de l’épidémie de peste de 1348 1349, les juif sont persécutés, battus, certains brûlés malgré l’intervention de Charles IV roi de Bohème et comte de Luxembourg. En 1391 les survivants sont expulsés. De 1405 à 1532 l’on note la présence intermittente de quelques familles sous le domination bourguignonne, mais en 1532 elles sont frappées par un Édit qui interdit définitivement leur séjour dans les Pays Bas.

La révolution française et les nouveaux courants de pensée qu’elle va générer sont à l’origine d’une situation nouvelle dont va résulter l’émancipation des juifs. Après d’âpres débats, le décret du 28 septembre 1791 leur accorde l’intégralité des droits civiques. Intégré à l’Empire sous le nom de département des forêts par Napoléon, Luxembourg va devoir appliquer les directives impériales.

C’est le 14 juillet 1795 qu’un décret abolit les taxes discriminatoires et souvent dissuasives imposées aux juifs et leur permet de s’établir librement ou bon leur semble.

A Luxembourg, le premier recensement des juifs va avoir lieu au début du dix neuvième siècle lorsque obligation sera faite à tout citoyen d’adopter un nom de famille (décret sur la prise de nom patronymique du 8 septembre I808) ce qui jusqu’alors n’était pas nécessairement le cas chez les juifs. Ce recensement nous donne une image assez précise de ce qu’était la Communauté juive à cette époque en indiquant qu’elle comprenait 75 individus : 13 hommes, 15 femmes et 47 enfants et en nous fournissant de précieuses indications sur les professions et les lieux d’origine de ces personnes.

Issue des régions avoisinantes, plus particulièrement la Lorraine et l’Allemagne cette population va rapidement progresser et la nécessité d’avoir son propre lieu de culte va s’imposer. En 1821, la communauté acquiert dans la rue du Séminaire un bâtiment vendu comme bien national et acquis par la ville après avoir été un refuge des religieuses de Differdange, de l’ordre de Saint Bernard. L’inauguration et la consécration de cette première synagogue d’une centaine de places auront lieu en 1823. La juridiction consistoriale de Trêves dont dépend la petite communauté, place cette dernière sous la tutelle de Pinhas GODCHAUX, surveillant des juifs. Venu de Lagrange, en Moselle dés 1795, ce personnage qui a la charge publique d’essayeur d’or et d’argent a la confiance, l’estime et la considération, tant des autorités que de la communauté. Ses descendants industriels de la draperie joueront par la suite un rôle considérable dans le développement économique du Grand Duché.

Lorsqu’en 1839 le Grand Duché acquiert son indépendance politique, le consistoire devient autonome et la nomination de ses membres est régie par une note ministérielle.

La guerre de 1870 provoque un afflux considérable de familles désirant échapper à l’occupation germanique en Alsace Lorraine. Cette nouvelle communauté ne trouvant plus de place dans la synagogue de la rue du séminaire devenu trop exiguë, des démarches vont être entreprises à partir de 1876 en vue de la construction d’un bâtiment plus adapté aux exigences démographiques. A ces fins, le local de la rue du Séminaire va être rendu à la Municipalité en échange d’un terrain sis à l’angle des rues Notre Dame et Aldringen. L’Etat versera également d’importants subsides qui vont compléter les sommes récoltées auprès des fidèles luxembourgeois et bruxellois pour effectuer les travaux de construction.

D’après les plans du professeur Ludwig LEVY de Karlsruhe, l’architecte luxembourgeois Charles ARENDT va réaliser un tour de force en construisant cette synagogue de style néo oriental, très inspirée de la synagogue de Florence en quinze mois. La première pierre ayant été posée en juillet 1893, l’inauguration officielle aura lieu le 28 septembre 1894 en présence des plus hautes autorités accueillies par le rabbin Isaac Blumenstein et le président du consistoire Louis Godchaux.

Durant 46 ans, la communauté juive de Luxembourg va pouvoir en toute quiétude célébrer les offices de Shabbat et de fêtes dans cette très belle synagogue. A partir de 1933, les lois raciales et les premières persécutions du régime nazi chassent d’Allemagne des milliers de juifs dont certains, bénéficiant de la politique libérale et généreuse du Grand Duché s’y réfugient.

Le 10 mai 1940 les troupes allemandes se ruent sur l’Europe et envahissent – entre autres – le Grand Duché. Sur une population juive d’environ 3700 personnes 1400 font partie des 45000 luxembourgeois jetés sur les routes chaotiques et bombardées de l’exode vers le sud de la France.

Du 10 mai 1940 au 28 juillet 1940, la communauté juive vit sous l’autorité militaire allemande ses derniers moments de calme avant la tempête qui va la laisser exsangue. Le 28 juillet 1940 Hitler nomme Gustav SIMON Gauleiter, chef de l’administration Civile du Luxembourg. Entre les mauvais traitements, les restrictions de nourriture, et les déportations, 1200 personnes, soit un tiers environ de la communauté juive, vont périr. Profanée en 1942, la synagogue sera détruite assez tardivement, en 1943, l’occupant nazi ayant éprouvé – il faut le noter – des difficultés à trouver au Grand Duché une entreprise acceptant d’effectuer ce travail.

Au lendemain de la guerre les rescapés de l’Holocauste qui ont pu regagner Luxembourg se retrouvent sans lieu de culte. Un nouveau consistoire avec à sa tête Mr Edmond MARX, loue provisoirement, aux fins de célébrer les offices religieux, une salle au bâtiment de la Bourse, avenue de la Porte Neuve mais envisage déjà la construction d’une nouvelle synagogue.

L’État accorde au Consistoire un terrain avenue Monterey ainsi qu’un total soutien financier.

Les architectes Victor ENGELS et René MAILLET vont concevoir un bâtiment qui sera bien entendu, un lieu de culte, mais également un Centre Social et administratif. D’inspiration résolument moderne, cette synagogue respecte cependant l’ensemble des impératifs religieux et traditionnels.

La première pierre est posée le 12 juin 1951, l’inauguration a lieu le 28 juin 1953 en présence de SAR le grand duc héritier Jean accompagné des plus hautes autorités de la Ville et de l’Etat. Le Grand Rabbin LEHRMANN consacre la synagogue en présence de nombreux rabbins, dont le Grand rabbin KAPLAN au cours d’une cérémonie solennelle présidée par Monsieur MARX, Président du Consistoire.